Flashback d’Émilie Mandar : un thriller trop court… mais un final qui change la donne

Bonjour à toi, fidèle lecteur abonné ou nouveau venu sur cet espace. C’est lundi et je te propose ma traditionnelle chronique !

Aujourd’hui, installe-toi confortablement, parce que je vais devoir commencer par une confession. Une vraie. Celle qui oblige la lectrice de thrillers que je suis à ranger momentanément ses certitudes dans un petit tiroir.

Depuis longtemps, je défends une théorie toute personnelle : un bon thriller a besoin d’au moins 300 pages pour installer son intrigue, épaissir ses personnages, semer ses indices et nous faire correctement perdre la tête.

  1. Puis Flashback est arrivé.
  2. 167 pages.
  3. J’ai regardé le livre. Le livre m’a regardée.
  4. Nous savions déjà, lui et moi, que cette relation allait être compliquée.

Flashback d’Émilie Mandar :

un thriller reçu en service presse

J’ai reçu Flashback d’Émilie Mandar dans le cadre d’un service presse via la plateforme Simplement Pro, et je remercie sincèrement l’auteure pour sa confiance ainsi que pour sa dédicace.

SimPlement.pro 

Sur le papier, ce premier roman policier possédait pourtant tout ce qu’il fallait pour m’attirer : un passé familial trouble, un père disparu sans explication, une mère morte dans un accident, une vieille affaire criminelle, des souvenirs que l’on préférerait probablement ne pas réveiller et une héroïne obligée de retourner fouiller dans son enfance.

Bref, tout mon petit garde-manger de lectrice de thrillers était là. Restait ce problème légèrement encombrant : 167 pages.

Résumé de Flashback :

Anaïs face aux secrets de son passé

Anaïs n’a que sept ans lorsque son enfance vole en éclats. Son père disparaît brutalement de sa vie, abandonnant femme et enfant sans véritable explication. Peu après, sa mère meurt dans un accident de voiture. La petite fille se retrouve alors confiée à ses grands-parents.

Des années plus tard, Anaïs est devenue avocate à Clermont-Ferrand. Elle s’est construit une existence centrée presque exclusivement sur son travail, comme si remplir ses journées pouvait suffire à combler les absences laissées par ses parents. Mais les histoires mal refermées ont cette fâcheuse habitude de continuer à gratter derrière la porte.

Thomas, un ami d’enfance perdu de vue depuis le lycée et désormais journaliste, réapparaît dans son quotidien. Avec lui revient une enquête qui va contraindre Anaïs à regarder son passé autrement. Les certitudes familiales commencent à se fissurer, les souvenirs prennent une coloration différente et une question devient bientôt impossible à éviter : que s’est-il réellement passé vingt ans plus tôt ?

Car derrière la disparition de son père et la mort de sa mère se cache aussi un meurtre. Et quelqu’un, quelque part, connaît la vérité.

Mon avis sur Flashback :

quand tout va beaucoup trop vite

Voilà le moment où nous allons gentiment retirer les gants.

J’ai été terriblement frustrée par le début de cette lecture.

Tout va vite. Très vite. Trop vite pour moi.

L’enfance d’Anaïs contient pourtant une matière émotionnelle considérable. Un père qui disparaît, une mère qui meurt, une enfant brutalement privée de ses repères, une reconstruction auprès des grands-parents… J’aurais aimé entrer dans chacune de ces fractures, comprendre ce qu’elles avaient imprimé en elle, observer comment une petite fille se transforme en cette femme adulte qui semble utiliser son métier comme une forteresse.

Mais le roman n’attend pas.

Une information arrive, puis une autre. Les événements s’enchaînent là où j’aurais parfois voulu qu’ils s’installent. J’ai donc eu, durant les premières pages, cette sensation assez particulière de lire le plan très détaillé d’un roman qui n’aurait pas encore complètement pris chair. L’écriture m’a semblé verte, jeune, parfois scolaire dans ses transitions. J’avais devant moi une histoire qui m’intéressait sincèrement, mais dont je rêvais sans cesse d’ouvrir les murs pour lui construire quelques pièces supplémentaires.

Autant vous dire que ma théorie des 300 pages se frottait tranquillement les mains dans un coin.

Secrets de famille et disparition :

pourquoi je n’ai finalement pas abandonné Flashback

Et pourtant, je suis restée. Pourquoi ?

Parce qu’Émilie Mandar avait glissé dans son intrigue exactement ce qui pouvait me retenir : les secrets de famille, les disparitions inexpliquées, les vieilles enquêtes que l’on croyait enterrées et cette confrontation permanente entre passé et présent.

Peu à peu, les informations changent de sens. Les souvenirs d’Anaïs deviennent les morceaux d’un puzzle dont elle ignore encore l’image finale. Certaines révélations m’ont paru assez prévisibles. J’étais même franchement convaincue d’avoir compris où l’auteure voulait m’emmener.

Vous connaissez ce délicieux moment du lecteur de thriller qui commence mentalement à féliciter son propre cerveau ?

  • J’y étais.
  • J’avais MA conclusion.
  • Elle était solide.
  • Magnifique.
  • Irrémédiable.

Il ne restait plus, pensions nous, mon ego et moi, qu’à laisser l’auteure terminer tranquillement son histoire.

Quelle charmante erreur.

Le twist final de Flashback :

ma théorie s’est pris une vitre

Je ne dévoilerai évidemment rien du dénouement. Mais j’avoue très volontiers ceci : le twist final m’a cueillie.

Et probablement parce que j’étais tellement occupée à admirer ma propre hypothèse que je n’ai pas vu le piège se refermer. Ce retournement n’efface pas mes réserves sur la rapidité du roman. Je continue à penser que l’histoire aurait gagné en puissance avec davantage de développement psychologique, quelques respirations supplémentaires et une enquête plus ample.

Mais il change quelque chose d’essentiel : mon regard sur la construction de l’intrigue.

Parce que réussir à conduire une lectrice persuadée d’avoir trouvé la solution vers une conclusion différente, c’est déjà démontrer un véritable instinct pour le polar. À cet instant précis, mes fameuses 300 pages ont donc fait preuve d’une discrétion remarquable.

Un thriller de 167 pages : défaut ou véritable qualité ?

C’est finalement ici que Flashback devient intéressant à discuter.

Ce qui constitue pour moi son principal défaut sera probablement une qualité pour beaucoup d’autres lecteurs. Le livre est court. Il se lit vite. Les chapitres avancent sans longueurs. L’intrigue ne s’égare pas dans d’interminables descriptions et l’on peut facilement terminer cette enquête en quelques soirées. Personnellement, j’ai lu Flashback en trois soirées à peine.

Pour celles et ceux qui aiment les thrillers rapides, accessibles et sans cinq cents pages de ramifications généalogiques, cela peut être très séduisant.

Moi, évidemment, j’aurais volontiers réclamé cinquante pages supplémentaires sur Anaïs, quelques dizaines sur son enfance, davantage d’espace autour des personnages secondaires, puis un peu plus de matière pour laisser certaines révélations produire leurs effets.

Nous serions tranquillement arrivés autour des 300 pages. Je vous avais prévenus : je suis constante.

Émilie Mandar : une première expérience

de roman policier à suivre

Flashback est le premier roman d’Émilie Mandar, nom de plume d’une professeure des écoles passionnée de lecture qui a choisi de passer, selon ses propres mots, « de l’autre côté ».

Son attachement au Puy-de-Dôme traverse également son univers d’auteure : elle y a grandi et y situe l’intrigue de son premier roman. Elle travaille par ailleurs à d’autres projets policiers dans cette région. Et c’est probablement ce que je retiens au-delà de mes critiques : une auteure débutante qui possède déjà le goût du mystère et du retournement.

L’écriture gagnera peut-être en maturité, les personnages en profondeur et les scènes en respiration. Pour ma part, la curiosité est désormais là.

  • Alors, Émilie, si vous me lisez : pour le prochain, quelques pages de rab ?
  • Cent trente-trois, par exemple ?
  • Nombre choisi totalement au hasard, évidemment.

La couverture de Flashback :

le visage derrière le verre brisé

La couverture de Flashback : le visage derrière le verre brisé

Après avoir terminé le roman, je regarde cette couverture autrement.

Ce visage féminin, presque hypnotique, est recouvert d’un verre éclaté en dizaines de fragments. Certaines parties restent parfaitement visibles tandis que d’autres semblent déplacées, coupées ou emprisonnées derrière les fissures.

C’est exactement ainsi que je perçois l’histoire d’Anaïs.

Sa vie ressemble à cette surface brisée : elle croit connaître le paysage, mais chaque fracture en déforme une partie.

Et j’aime particulièrement cette idée du visage que l’on aperçoit sans jamais parvenir immédiatement à le regarder dans son intégralité. Il m’évoque une femme morcelée par son histoire, blessée par des vérités incomplètes et condamnée à rassembler les morceaux pour comprendre qui elle est.

Une vitre brisée ne cache pas complètement ce qui se trouve derrière elle. Elle le transforme.

C’est, finalement, une belle métaphore de la mémoire dans Flashback.(lien vers le livre)

Les avis des lecteurs sur Flashback d’Émilie Mandar

Une fois mon propre avis posé, je suis allée voir ce que d’autres lecteurs avaient ressenti. Et j’ai découvert des réactions parfois étonnamment proches de la mienne. La fluidité de la lecture, le rythme, les chapitres courts, l’enquête menée avec Anaïs et Thomas ainsi que la capacité du dénouement à surprendre sont régulièrement salués. Plusieurs lecteurs expliquent eux aussi avoir cru comprendre le fin mot de l’histoire avant de se faire détourner de leur piste. Mais on retrouve également ma frustration : certains auraient aimé davantage de développement, notamment concernant Anaïs, ses émotions et certaines révélations qui passent rapidement. D’autres, au contraire, considèrent justement l’absence de longueurs comme une qualité.

Preuve, s’il en fallait une, que la brièveté de Flashback est probablement son élément le plus clivant.

Faut-il lire Flashback d’Émilie Mandar ?

Flashback ne sera pas mon thriller le plus abouti de l’année. J’aurais voulu plus de pages, davantage de psychologie, des scènes plus développées et un peu plus de temps pour m’attacher profondément à Anaïs.

Mais je ne regrette pas cette lecture. Pas une seconde.

Parce que derrière une plume encore jeune se trouvent de bonnes idées, une intrigue familiale intrigante et surtout cette capacité à attendre le bon moment pour faire vaciller les certitudes du lecteur. Et puis il y a quelque chose que j’apprécie particulièrement : un premier roman n’a pas besoin d’être parfait pour donner envie de suivre une auteure.

Émilie Mandar m’a frustrée, elle m’a fait envisager l’abandon, elle m’a laissée croire que j’étais terriblement maligne…

Puis elle m’a tranquillement retiré le tapis sous les pieds.

Finalement, ce petit thriller de 167 pages aura réussi une chose que je n’avais absolument pas prévue : me faire patienter avec curiosité jusqu’au prochain roman.

Alors, à vous maintenant : avez-vous besoin d’un thriller dense et généreux pour entrer pleinement dans une intrigue, ou aimez-vous justement ces romans courts qui filent droit vers leur dénouement ? Et si vous avez déjà lu Flashback, aviez-vous découvert la vérité avant les dernières pages… ou vous êtes-vous fait piéger vous aussi ?

Je vous retrouve en commentaire pour en discuter et confronter nos impressions de lecture. Et surtout, dites moi : ma théorie des 300 pages doit-elle survivre, ou est-il officiellement temps de la placer sous assistance respiratoire ?


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