Hello 🙂 Je sais que je vous ai fais miroiter mes photos de randonnées, je vais vous demander un peu de patience pour présenter mon programme à l’occasion des journées du Patrimoine 2026.
À l’occasion des Journées européennes du patrimoine 2026, j’ai parcouru les vieux quartiers d’Annonay dans le cadre d’une déambulation photographique organisée autour de Moustache et Dentelles et du collectif Photographies Rencontres. Leur projet invitait justement les participants à poser un regard photographique sur les sites patrimoniaux de la ville, notamment son centre historique, avant un travail ultérieur autour des images et des outils numériques. Une proposition particulièrement bien accordée aux deux thèmes de cette édition 2026 : le « Patrimoine de la photographie » et le « Patrimoine en péril : raviver, résister, réimaginer ».
Cette approche m’a beaucoup plu. Plutôt que de simplement passer devant des bâtiments familiers, l’appareil photo oblige à ralentir. À lever les yeux. À chercher une lumière, un détail, une symétrie, une trace du passé.
C’est ainsi que mes pas m’ont conduite jusqu’à la place des Forges, devant l’église Notre-Dame de l’Assomption.
Dans le centre ancien d’Annonay, Moustache et Dentelles mène d’ailleurs depuis plusieurs années un travail mêlant création artistique, médiation culturelle et vie du quartier. La Ville indique que l’association participe depuis 2012 à la redynamisation du centre ancien à travers ses ateliers, ses expositions et ses interventions dans l’espace public.
Et une fois la porte de Notre-Dame franchie, le contraste est saisissant. Le bruit de la ville s’éloigne. La lumière devient plus douce. Puis les couleurs apparaissent.
Une église du XXe siècle héritière
d’une histoire beaucoup plus ancienne
À première vue, avec ses références romanes et byzantines, Notre-Dame pourrait sembler beaucoup plus ancienne qu’elle ne l’est réellement.
L’église actuelle a pourtant été construite entre 1904 et 1912. L’histoire de la paroisse Notre-Dame, elle, plonge beaucoup plus profondément dans celle d’Annonay : l’Office de tourisme Ardèche Grand Air fait remonter la présence d’une première église sur l’ancien emplacement de la place de la Liberté jusqu’à l’époque du haut Moyen Âge. Cette ancienne église devint par la suite une collégiale.
À la fin du XIXe siècle, Annonay change. La ville se développe, la circulation augmente et la place de la Liberté prend une importance croissante. En 1898, la municipalité décide donc de transférer l’église vers la place des Forges, sur les hauteurs du centre ancien. Le projet est également associé à la perspective, alors envisagée, d’une liaison par tramway entre Annonay et Lalouvesc.
Avant même d’élever Notre-Dame, il faut transformer le quartier : près de dix-sept immeubles des rues du Ranchet, de la Réforme et des Boucheries sont démolis à partir de 1904. La première pierre de la nouvelle église est posée le 29 novembre 1904, suivant les plans des architectes Rey et Allingry. Mais le chantier traverse une période mouvementée.
Le contexte politique créé par la séparation des Églises et de l’État entraîne son interruption en 1906. Les travaux ne reprennent qu’en 1911, avant l’inauguration de la nouvelle église le 28 juillet 1912. Ce jour-là, le maire d’Annonay, Antoine Grimaud, remet les clés au chanoine Mirabel-Chambaud.
La nouvelle Notre-Dame ne balaie pourtant pas le passé. Et c’est sans doute ce qui la rend si attachante. Lors de son aménagement, le choix est fait de préserver une partie du mobilier de l’ancienne collégiale. Des œuvres, des statues et les deux orgues trouvent ainsi une nouvelle place dans l’édifice de 1912. Notre-Dame devient alors moins une rupture qu’un passage de témoin entre plusieurs siècles d’histoire annonéenne.
Avec environ 1 095 m², l’édifice est considéré comme le plus vaste lieu de culte d’Annonay et peut accueillir près d’un millier de personnes. Son architecture est généralement qualifiée de néo-romano-byzantine.
Un intérieur où les couleurs racontent Marie…
mais aussi Annonay
Ce qui m’a le plus frappée en entrant, ce ne sont pas seulement les dimensions de l’église. Ce sont les couleurs. Elles sont partout. Sur les murs, dans les vitraux, au-dessus du chœur, autour des grandes baies, jusque dans les détails décoratifs que l’on ne remarque qu’en prenant le temps de regarder.
Notre-Dame possède un important ensemble de peintures murales consacré en grande partie à la Vierge Marie. Certaines représentent la Dormition, l’Assomption ou le couronnement de la Vierge; d’autres évoquent les dévotions mariales à travers les siècles. La décoration fait également entrer dans l’église des références à l’histoire et à la vie locale.

C’est justement ce dialogue entre histoire religieuse et mémoire d’Annonay que j’ai aimé retrouver derrière mon objectif. Sur l’une de mes photographies, une grande rosace domine une vaste composition peinte : silhouettes religieuses, fidèles, bannières et drapeaux forment une scène presque narrative. En dessous, une succession de vitraux laisse entrer une lumière blanche, bleue, rouge et dorée.
Le regard passe constamment de la pierre à la peinture, puis de la peinture au verre. La décoration du transept s’inscrit notamment dans un vaste programme consacré aux dévotions mariales à travers les siècles, tandis que d’autres peintures évoquent l’Assomption, les mystères de l’Eucharistie ou encore l’histoire d’Annonay. Ce patrimoine raconte donc bien davantage qu’une succession d’images pieuses. Il constitue aussi, à sa manière, un récit mural de la société qui a fait vivre l’église au cours du XXe siècle.
Quand le patrimoine religieux raconte aussi le travail
Un détail m’a particulièrement intéressée au fil de mes recherches après la visite : l’une des chapelles est connue sous le nom de « chapelle du Travail ». Une partie de son décor représente des hommes associés aux activités qui ont façonné l’économie annonéenne, notamment les tanneurs, les papetiers et les constructions mécaniques, sur un paysage évoquant la Deûme et la Cance. J’aime beaucoup cette idée.
Car le patrimoine d’une ville n’est pas seulement constitué de monuments prestigieux. Il est aussi fait des gestes répétés chaque jour, des métiers, des ateliers, des ouvriers et de toutes ces vies ordinaires qui finissent, mises bout à bout, par former une mémoire collective. À Annonay, où le papier, le cuir et l’industrie ont profondément marqué l’histoire locale, ce décor prend une résonance particulière.
Des œuvres héritées de l’ancienne collégiale
Au centre de mes photographies apparaît également l’autel, dont le marbre clair contraste avec les colonnes rouge sombre. Lui aussi est plus ancien que l’église qui l’abrite.

L’autel a été réalisé en 1895 pour l’ancienne collégiale. En marbre blanc et bordeaux, il possède plusieurs faces sculptées ; son bas-relief consacré à l’Assomption fait directement écho au vocable de Notre-Dame de l’Assomption.
Voilà l’un des aspects les plus passionnants de cette église : elle date de 1912, mais certains de ses objets racontent une histoire antérieure. Le visiteur se retrouve donc face à plusieurs strates temporelles réunies dans un même lieu.
L’Office de tourisme signale également la présence de tableaux et de statues provenant de l’ancienne église, ainsi que deux étonnants bénitiers constitués de grandes coquilles rapportées des Indes.

Plusieurs objets conservés à Notre-Dame bénéficient par ailleurs d’une protection au titre des Monuments historiques. La base officielle POP du ministère de la Culture recense notamment un buste-reliquaire de saint Pierre d’Alcantara du XVIIe siècle, classé en 1956, des angelots du XVIIe siècle classés en 1962 et d’autres sculptures protégées. Ce n’est donc pas seulement l’architecture qui mérite d’être observée. À Notre-Dame, il faut regarder partout. Et parfois longtemps.
Une mémoire de la Grande Guerre
Une autre de mes photographies s’arrête sur un espace beaucoup plus silencieux. De longues colonnes de noms entourent une niche centrale, devant un fond mêlant symboles religieux et drapeaux français. Il s’agit du monument paroissial consacré aux morts de la Première Guerre mondiale, dont le décor comprend une représentation de Jeanne d’Arc.

Face à ces listes, le patrimoine change soudain de registre. Il n’est plus seulement esthétique. Il devient intime. Chaque nom correspond à une histoire familiale interrompue, à une absence, à une mémoire transmise durant plusieurs générations. Photographier ce type de monument donne presque envie de faire moins de bruit, même avec un appareil photo.
Dans une église aussi riche en couleurs, cet espace rappelle avec beaucoup de sobriété que les murs conservent également les blessures d’une époque.
Deux orgues, deux morceaux exceptionnels
de patrimoine musical
Impossible de parler de Notre-Dame sans s’arrêter sur ses orgues. Ils sont intimement liés à l’histoire de l’ancienne collégiale et constituent aujourd’hui l’un des patrimoines les plus précieux de l’édifice. Sur l’une de mes photographies, un buffet d’orgue se détache devant de grandes figures d’anges peintes. Il s’agit de l’orgue de chœur Ducroquet.

L’instrument a été installé dans l’ancienne collégiale en 1848 par Pierre-Alexandre Ducroquet, successeur de la maison Daublaine & Callinet. Après la disparition de cette collégiale, il est transféré dans l’église actuelle. Sa partie instrumentale est classée au titre des Monuments historiques depuis 1980 ; une rénovation partielle est intervenue en 2006.
Mais Notre-Dame abrite aussi un instrument encore plus spectaculaire : son grand orgue Cavaillé-Coll.
Un Cavaillé-Coll venu de l’ancienne collégiale
Le grand orgue a d’abord été installé dans l’ancienne église Notre-Dame. Inauguré en 1881, il appartient à la production d’Aristide Cavaillé-Coll, figure majeure de la facture d’orgues française du XIXe siècle. Selon l’Association pour le Renouveau des Orgues d’Annonay, il correspond à un modèle présenté lors de l’Exposition universelle de Paris de 1878.
Lorsque l’église actuelle ouvre en 1912, l’instrument est transféré place des Forges. Son buffet est alors refait en cyprès d’Amérique afin de mieux s’intégrer aux lignes de la nouvelle architecture et de permettre l’ajout de jeux supplémentaires. Sa partie instrumentale est elle aussi protégée au titre des Monuments historiques depuis 1980. Mais ce patrimoine est aujourd’hui fragile.
L’Association pour le Renouveau des Orgues d’Annonay indique que le grand Cavaillé-Coll connaît notamment des problèmes de soufflerie et nécessite une restauration importante. Une étude préalable à sa restauration a été menée en 2025 à la demande de la Ville d’Annonay par Éric Brottier, technicien-conseil auprès du ministère de la Culture.
Et soudain, le thème 2026 des Journées du Patrimoine — « Patrimoine en péril : raviver, résister, réimaginer » — prend ici une signification très concrète. Un patrimoine musical ne se conserve pas uniquement pour être regardé. Un orgue a besoin de respirer. De vibrer. D’être entendu.
À l’occasion des Journées européennes du patrimoine 2026, l’Association pour le Renouveau des Orgues d’Annonay, avec l’Office de tourisme Ardèche Grand Air et la paroisse, proposait justement le samedi 19 septembre une découverte de Notre-Dame, de ses orgues et du projet de rénovation, avec accès à la tribune. Une belle façon de rappeler que préserver le patrimoine, c’est aussi lui permettre de continuer à vivre.
Photographier le patrimoine
pour apprendre à le regarder
Cette visite avait une saveur particulière parce qu’elle se déroulait appareil photo en main. Et finalement, je crois que photographier change beaucoup notre manière de visiter. On commence par vouloir saisir une vue d’ensemble. Puis quelque chose nous arrête. Un visage peint. La courbe d’une arcade. La répétition des tuyaux d’un orgue. Une lettre. Un nom gravé. Une lumière qui traverse un vitrail et qui, quelques secondes plus tard, ne sera déjà plus tout à fait la même.
La proposition de Moustache et Dentelles et de Photographies Rencontres prenait tout son sens dans ce contexte. Leur démarche autour des Journées du Patrimoine 2026 invitait précisément les habitants à photographier les lieux patrimoniaux du centre historique avant de travailler ensuite sur ces images et de réfléchir à leur transformation par les outils de génération d’images.
Ce projet rejoint parfaitement l’un des fils conducteurs des Journées européennes du patrimoine cette année. 2026 célèbre en effet le bicentenaire de la photographie, ce qui explique la place donnée au « Patrimoine de la photographie » dans cette 43e édition. Le ministère de la Culture associe ce thème à une réflexion sur le rôle de l’image dans la conservation et la transmission de la mémoire collective.
Et cela résonne forcément lorsque l’on photographie un lieu comme Notre-Dame. Je ne cherchais pas seulement à rapporter de « belles photos ». J’essayais de garder une trace. La trace d’un vitrail. D’un décor peint. D’un orgue silencieux qui attend de retrouver sa voix. D’un monument aux morts. D’un lieu qui appartient à la ville autant qu’à ceux qui le fréquentent. La photographie devient alors une autre manière de faire patrimoine.
Notre-Dame, une belle surprise
dans le centre historique d’Annonay
Je connaissais bien sûr la présence de Notre-Dame dans le paysage annonéen. Mais connaître un bâtiment de l’extérieur et prendre réellement le temps de le regarder sont deux choses très différentes. Cette visite m’a permis de redécouvrir un lieu finalement assez étonnant. Parce que l’église actuelle n’a qu’un peu plus d’un siècle, mais qu’elle transporte avec elle une histoire beaucoup plus ancienne.
Parce qu’elle conserve le mobilier de l’ancienne collégiale. Parce que ses peintures ne racontent pas seulement une histoire religieuse, mais font aussi entrer Annonay, ses habitants et son passé industriel dans le décor. Parce que ses orgues relient le XIXe au XXIe siècle. Et parce que derrière la beauté des lieux se pose aussi la question très concrète de leur conservation.
C’est peut-être cela que j’aime le plus dans les Journées du Patrimoine : elles nous rappellent que le patrimoine n’est jamais une simple collection de vieilles pierres. C’est une transmission. Des femmes et des hommes ont construit ces lieux, les ont décorés, les ont entretenus, y ont travaillé, prié, joué de la musique, célébré, pleuré ou simplement franchi leur porte.
Puis d’autres générations arrivent. À leur tour de regarder. De comprendre. De photographier. De protéger. Et, un jour, de transmettre. Pour une promenade dans le vieil Annonay, Notre-Dame mérite donc vraiment que l’on pousse sa porte. Non pas pour cocher un monument supplémentaire sur une liste, mais pour prendre quelques minutes de lenteur au milieu de la ville.
Une parenthèse culturelle comme je les aime : locale, sensible, pleine de mémoire… et qui donne furieusement envie de continuer à arpenter les rues d’Annonay avec l’appareil photo autour du cou.
Préparer une visite de l’église Notre-Dame d’Annonay
L’église Notre-Dame de l’Assomption se trouve place des Forges, 07100 Annonay, dans le centre historique. Pour l’année 2026, l’Office de tourisme Ardèche Grand Air indique une ouverture régulière le samedi de 9 h à 11 h, avec possibilité de visite de groupe sur rendez-vous. L’accès est gratuit. Les horaires pouvant évoluer, mieux vaut les vérifier auprès de l’Office de tourisme avant un déplacement spécialement consacré à la visite.
Les amateurs de patrimoine pourront prolonger la promenade à pied dans les vieux quartiers : la place des Forges se trouve au cœur d’un secteur où se concentrent plusieurs témoignages de l’histoire annonéenne. Les Journées du Patrimoine 2026 ont d’ailleurs remis en lumière plusieurs lieux du centre ancien, notamment le Musée vivarois César Filhol, exceptionnellement rouvert pour l’occasion, et différents projets associatifs consacrés à la photographie, à la mémoire et au patrimoine local. Et c’est peut-être la meilleure manière de découvrir Annonay : ne pas seulement aller d’un monument à un autre, mais déambuler.

Le patrimoine commence souvent comme cela. Et ainsi se termine ma journée de samedi : avant de reprendre la route de Vanosc avec mon vélo (laissé à la gare routière), je suis allée prendre une collation bien méritée. J’espère que vous avez apprécié cette revue et je remercie les bénévoles présents qui racontent une histoire comme un conte à rêver entre deux photographies.
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Merci de la visite — j’apprécie toujours les photos du patrimoine !
Merci. La visite continue bientôt 🙂
Une visite qui comme je te le disais sur Instagram me tente bien 🙂