Bonjour à tous !!! C’est lundi, je participe à ma façon à la question « que lisez-vous ? » en partageant mon retour sur ma dernière lecture.
Il y a des romans que l’on aborde avec curiosité, d’autres avec prudence. ULURU de Gabriel Kerguelen appartient clairement à la seconde catégorie. Plus de 500 pages, une promesse de techno-thriller Hard-SF, et cette impression immédiate que le voyage ne sera ni confortable ni balisé. Reçu en service presse, ce roman s’est pourtant imposé à moi dans un contexte particulier : une longue panne de lecture, suivie d’une reprise progressive, hésitante, presque méfiante. Et pourtant… une fois entrée dans l’aventure, impossible de décrocher.
ULURU : une promesse de vertige

Avant même d’ouvrir le livre, la couverture agit comme un appel silencieux. ULURU, massif sacré planté au cœur du désert australien, domine l’image. Sous la terre rouge, une béance cosmique s’ouvre, comme une cicatrice dans le réel, aspirant le regard vers un gouffre stellaire.
Uluru est un massif sacré pour les autochtones australiens, dont on pense qu’il a commencé à se former il y a 550 millions d’années. Il se trouve au sein du parc national d’Uluru-Kata Tjuta, qui renferme également les 36 dômes de roches rouges de la formation de Kata Tjuta (communément appelés les « Olgas »).
Ce visuel m’a immédiatement évoqué une frontière : celle entre le tangible et l’invisible, entre la matière et la conscience. Une promesse tenue par le roman, qui joue sans cesse avec ces lignes de fracture.
Une entrée en matière déstabilisante… et formatrice
Ma première lecture de ULURU a été déroutante. La faute, non pas au texte lui-même, mais à un format numérique inadapté sur ma liseuse, probablement une version non corrigée. Paragraphes heurtés, ruptures de rythme, confusion initiale : l’expérience m’a rappelé à quel point le support peut influencer la réception d’un roman, surtout lorsqu’il s’agit d’une œuvre dense et exigeante. Il m’a fallu accepter cette frustration, puis choisir de reprendre la lecture autrement, plus tard, dans de meilleures conditions.
Le bush australien comme matrice narrative
C’est finalement le voyage en Australie qui a relancé mon envie de lecture. Le décor prenait soudain une consistance nouvelle. Joaquim et Greg, deux amis partis chercher de l’or dans le bush australien, s’inscrivent dans une tradition presque mythique de la ruée vers l’or. Et pour cause : l’Australie est l’un des plus grands producteurs mondiaux d’or. Pourtant, très vite, l’or devient accessoire. Un leurre. Ce que ULURU met en scène, c’est la découverte d’une richesse autrement plus dangereuse.
Les Blue Bellies : quand la science-fiction devient dérangeante
Les Blue Bellies de Moon River sont sans doute l’une des idées les plus marquantes du roman. Ces petites araignées au ventre bleu tissent une toile aux propriétés extraordinaires. Infusée, cette toile agit différemment selon les individus : guérison accélérée, rajeunissement cellulaire, mais surtout une addiction absolue. Gabriel Kerguelen explore ici une dépendance radicale, bien plus pernicieuse que celles que nous connaissons.
Une addiction qui ne détruit pas par l’excès, mais par l’apaisement total, la disparition du désir, l’extinction progressive de toute volonté.
ULURU, un techno-thriller aux accents écologiques et philosophiques
Ce qui m’a profondément marquée, c’est la subtilité avec laquelle le roman glisse vers un futurisme léger, presque imperceptible. Le lecteur est happé par l’intrigue scientifique, les enjeux économiques, les luttes d’influence entre laboratoires, multinationales et réseaux mafieux. Mais en filigrane, ULURU pose une question vertigineuse : et si l’humanité devait cesser de produire, de consommer, de détruire pour survivre ? Le personnage de David Clayton, gardien d’un savoir ancestral, incarne cette radicalité dérangeante, presque glaçante dans sa cohérence.
Cette question constitue, à mes yeux, le cœur battant de ULURU. Gabriel Kerguelen ne se contente pas de l’effleurer : il la pousse dans ses retranchements les plus inconfortables. À travers la molécule et la dépendance qu’elle engendre, le roman propose une solution radicale, presque obscène par sa cohérence : stopper l’élan humain là où il fait le plus de dégâts, dans son besoin irrépressible d’agir, de transformer, de posséder. Cette paix artificielle, cette apathie parfaite, agit comme un miroir tendu à notre civilisation de l’hyper-productivité. Elle pose une question dérangeante : notre désir constant de croissance est-il compatible avec la survie du vivant ? En imaginant une humanité figée, désireuse de rien, l’auteur ne propose pas une utopie, mais un avertissement. Car cette immobilité, si elle sauve la planète, tue ce qui fait l’essence même de l’humain : l’élan, la création, la relation. ULURU ne tranche pas. Il nous laisse face à ce dilemme vertigineux : faut-il sacrifier notre humanité pour préserver la Terre, ou inventer une troisième voie que nous n’avons pas encore su concevoir ?
C’est dans cet inconfort moral, profondément actuel, que le roman trouve sa puissance la plus durable.
Joaquim Moreau : un protagoniste au cœur de la faille
Joaquim Moreau, généticien vieillissant, est un personnage profondément humain. Sa découverte du «remède miracle» du siècle le place face à ses propres contradictions. Il devient lui-même addict, prisonnier de ce qu’il a mis au jour. Ses voyages quantiques, permis par une mutation rare, ouvrent le roman vers une science-fiction plus spéculative, presque métaphysique. Ces projections de la conscience vers la Lune, Mars, Vénus et au-delà m’ont fascinée autant qu’elles m’ont inquiétée.
Rien n’est gratuit, tout a un coût.
Une lecture addictive… jusqu’à la frustration finale
Oui, ULURU est un roman addictif. Une fois le rythme installé, les pages se tournent avec une facilité déconcertante. J’ai littéralement dévoré ce livre.
Pourtant, un léger bémol subsiste : la construction globale de l’œuvre. Certains passages gagneraient à être resserrés, relus, peut-être réécrits pour renforcer encore l’impact émotionnel et narratif.
Mais ce défaut reste mineur face à l’ampleur de l’univers proposé. Les dernières lignes m’ont laissée frustrée, volontairement. Une frustration très proche de celle décrite dans le roman : celle du manque, de l’attente, du désir irrépressible de poursuivre.
ULURU, finaliste du Prix des Plumes Indépendantes 2025 :
une reconnaissance méritée
Finaliste du Prix des Plumes Indépendantes 2025, ULURU s’impose comme un techno-thriller de science-fiction ambitieux, exigeant, et profondément actuel. Il interroge notre rapport au progrès, à l’addiction, à l’écologie et à la conscience humaine avec une audace rare. Malgré un démarrage compliqué dans mon expérience de lecture, ce roman a su me happer et me marquer durablement.
Une invitation à poursuivre le voyage
ULURU n’est pas un roman confortable. Il dérange, questionne, fascine. Il laisse des traces, comme une toile invisible dont on ne sort pas totalement indemne. Si vous aimez la science-fiction Hard-SF, les techno-thrillers à forte portée philosophique et les récits qui osent explorer les zones grises de l’humanité, ce livre mérite toute votre attention.
Je vous invite à le découvrir, puis à venir en discuter sur le groupe de lecture. Les questions qu’il soulève sont trop vastes pour rester solitaires.
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Notre désir constant de croissance est-il compatible avec la survie du vivant ?
Une question intéressante et j’ai envie de dire urgente.
Quant à l’idée de ces araignées et de leur toile aux incroyables effets, elle me plaît bien.
Une question très urgente, en effet. ULURU cache bien des secrets 🙂