Il y a des livres qui continuent de vibrer bien après la dernière page. Ce jour-là de Michel Schielotto fait clairement partie de ces lectures qui laissent une empreinte durable, à la fois douce, troublante et profondément réflexive. Dans la chronique publiée sur le blog Les Chats Livres, je partageais combien ce roman de science-fiction métaphysique m’avait surprise, déplacée dans mes attentes, puis totalement happée par sa vision d’un premier contact bienveillant et par sa réflexion sur la conscience humaine et notre place dans l’univers.
Parce que certaines lectures appellent naturellement le dialogue, j’ai eu envie d’aller plus loin et de donner la parole à l’auteur. Cette interview est née de ce désir de prolonger l’expérience, de comprendre les intentions derrière le récit, les choix narratifs, et la manière dont Michel Schielotto envisage la science-fiction comme un espace d’éveil et de questionnement. À travers ses réponses, c’est une autre lecture de Ce jour-là qui s’ouvre, plus intime, plus consciente, et tout aussi passionnante.
Ce Jour-là – Michel Schielotto
Ce jour-là aborde la question du premier contact extraterrestre sous un angle résolument bienveillant. Qu’est-ce qui vous a donné envie d’explorer cette voie, à contre-courant des récits plus guerriers ou anxiogènes ?
— Nous avons tous été nourris aux récits et nouvelles imprimant la peur, même
inconsciente. Une forme de stress latent et usant dont on ne s’aperçoit plus, mais qui est
pourtant destructeur pour la santé. Heureusement, j’ai gardé une certaine ouverture de
cœur et d’esprit vis à vis d’autres potentialités. Celles qui, à mon sens, s’avèrent nettement
plus créatives et éclairantes. Je m’efforce de garder à l’esprit que l’univers est vaste et
que la vie l’est tout autant. Alors, pourquoi ne pas explorer la possibilité que des
civilisations suffisamment développées pour franchir des distances impossibles, puissent
être matures, sages et hautement pacifiques ? La Vie est-elle orientée vers la création, la
destruction ou les deux ?
La notion de conscience est centrale dans le roman. Comment définiriez-vous, avec vos mots d’auteur, la conscience telle que vous la mettez en scène dans cette histoire ?
— A force de réflexions et d’expériences personnelles, je ne peux que conclure, à cet
instant, que la conscience précède toutes choses. Elle est centrale dans tout le cycle Ce
Jour-là, car au-delà de l’arrivée d’une civilisation exogène, c’est l’histoire d’une profonde
redécouverte. Celle de notre nature en tant qu’être vivant, mais aussi de ce fait, de notre
lien intime et indéfectible avec l’ensemble. De nombreux neuroscientifiques et physiciens
de renom se penchent sérieusement sur la question, et ils ont fait de remarquables
avancées en ce sens. Je pense que nous sommes peut-être au bord d’un changement de
paradigme scientifique marquant au sujet de la conscience.
Les Kérans observent l’humanité sans intervenir pendant longtemps. Cette posture d’observateurs révèle beaucoup de choses sur notre espèce. Était-ce pour vous une manière de tendre un miroir à l’humanité contemporaine ?
— Tout à fait. Lors de l’écriture, j’ai tenté d’adopter différents points de vue. D’un
côté les terriens, avec nos travers et qualités d’espèce naissante n’ayant pas encore acquis
l’équilibre, mais dans laquelle certains comprennent déjà l’importance de ce qu’il se
passe, et de l’autre, les kérans qui observent sans juger, comme des grands frères
cosmiques ayant une expérience et une conscience bien plus large. Dans la position d’observateurs sans âge où ils se trouvent, les kérans tentent d’éclairer sans contraindre.
Et l’on ne peut en vouloir au miroir qui reflète nos cicatrices. Certains, moins enclin à
accepter l’évidence, peuvent être tentés de briser ce miroir.
L’onde cosmique qui approche agit comme un catalyseur de transformation. Représente-t-elle, selon vous, une évolution inévitable ou une opportunité que l’humanité peut encore choisir d’accueillir… ou de refuser ?
— Les kérans expliquent qu’avant de pouvoir choisir en conscience, l’humanité doit
d’abord se libérer. Non par des guérillas urbaines et dans des effusions de violences qui,
nous le savons, ne mène à rien d’autre qu’à davantage de souffrances et de rétorsions.
Chacun doit vouloir se remettre en chemin vers lui-même, ne plus se positionner en
victime des circonstances. Ça peut sembler usé, mais la paix du monde commence
réellement par celle du mental-ego de chacun. Lorsque que l’ego s’apaise, le cœur prend
le relais de nos destinées. Alors se met en place une cohérence invisible, mais
physiologiquement bien réelle. La vague qui arrive n’est pas une évolution inévitable,
elle est une proposition vers une nouvelle perspective. Ici, je précise que les effets de
l’onde cosmique seront davantage détaillés dans le prologue du Saut de l’Ange.
Vos personnages sont très contrastés : certains sont guidés par l’ouverture et l’écoute, d’autres par la peur et le pouvoir. Aviez-vous à cœur de montrer que l’évolution ne dépend pas d’un événement extérieur, mais de choix profondément humains ?
— Oui, c’est avant tout une histoire humaine. Que ferions-nous si demain une telle
chose arrivait, pour de bon ? Quelles seraient les réactions des gouvernements, des
individus ? Il y a de fortes chances que nous soyons confrontés à nous-mêmes à cet
instant. Je cite Reagan dans le prologue, car cette phrase est importante pour moi. Il demandait aux dirigeants, au siège de l’ONU : si une menace exogène se présentait, est-ce que l’humanité serait enfin capable de s’unir ? Bien sûr, la rhétorique habituelle de la peur est employée ici aussi, mais cela pose une autre question : si aucune menace ne
s’abat, doit-on se faire la guerre nous-mêmes, comme pour palier à un manque ? Un peu
ridicule, n’est-ce pas ? Pourtant, il semble que cela soit le cas depuis toujours.
En tant qu’auteur, avez-vous été surpris par certaines réactions de lecteurs ou lectrices face à ce roman, notamment sur sa dimension spirituelle et métaphysique ?
— Ceux qui y sont entrés avec curiosité et ouverture en ont saisi le sens. Ceux-là l’ont
beaucoup apprécié. En revanche, certains s’attendaient à de la Hard Fiction sur un premier
contact et ce n’est pas l’objet de ce premier roman. Ce n’était pas une surprise dans la
mesure où j’ai fait un choix éditorial risqué, dans un genre encore peu exploré. Toutefois,
j’ai été parfois surpris de la méfiance qu’inspiraient les kérans chez certains lecteurs.
Ce jour-là est le premier opus d’une trilogie. Sans entrer dans le spoiler, pouvez-vous nous dire si la suite approfondira davantage l’intime des personnages, la dimension cosmique… ou les deux ?
— Je peux vous dire les deux sans spoiler, car il s’agit de l’ADN de TDU : science-
fiction, conscience, unité, centre. Le deuxième volet retrouve la plupart des personnages du premier dans des arcs narratifs inattendus, et nous faisons la connaissance d’un nouveau casting et de nouveaux antagonistes. Le Saut de l’Ange est davantage cosmique au sens propre. Il s’agit d’un space opera sur fond de quête spirituelle et de décors
exotiques et parfois poétiques et contemplatifs. Il contient plus de mots que dans le
premier et il y a aussi davantage d’action. J’y aborde également le sujet de l’IA, mais
d’une autre façon que ce que l’on pourrait penser.
Pensez-vous que la science-fiction est aujourd’hui un terrain privilégié pour interroger notre avenir collectif, nos peurs et nos espoirs, plus encore que d’autres genres littéraires ?
— Clairement, oui. C’est un genre qui a toujours permis à l’imagination de s’étendre.
Regardez Jules Verne, A. C. Clarke, par exemple, et bien d’autres. Ces auteurs
préviennent parfois d’un danger pour l’humanité sous la forme de récits marquants.
D’autres permettent d’éclairer les esprits. Même si certains ouvrages plus théoriques le
font très bien aussi. La science-fiction permet de grandes libertés de concepts, de
technologies, de cosmogonies, que d’autres genres ne peuvent intégrer. Car s’ils les
incorporaient, leurs œuvres entreraient alors dans ce genre.
Enfin, si vous deviez adresser un message aux lecteurs qui hésitent à se lancer dans Ce jour-là, que leur diriez-vous pour les inviter à franchir le pas ?
Ce jour-là— Je leur dirais tout d’abord qu’ils sont libres… Plus sérieusement, le seul risque que
vous prenez, c’est de vouloir lire le deuxième.
À travers cet échange,
Michel Schielotto nous invite une nouvelle fois à ralentir, à questionner nos certitudes et à envisager l’inconnu autrement que par la peur. Ses réponses prolongent naturellement les thématiques de Ce jour-là : la conscience, le choix, l’évolution et cette humanité placée face à elle-même.
Si ce roman vous a interpellé, touché ou simplement intrigué, je vous invite à poursuivre la réflexion au-delà de cette interview. Rejoignez l’auteur et la communauté de lecteurs sur le groupe de lecture, un espace d’échanges bienveillant où chacun peut partager son ressenti, ses questions et ses interprétations autour du roman, de la vie extraterrestre et de notre humanité en devenir. Les discussions ne font souvent que commencer là où les livres s’achèvent.
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