Bonjour à toi, fidèle lecteur ou nouveau venu sur ce blogue. C’est lundi, et je publie ma traditionnelle chronique, celle qui présente aujourd’hui un livre un peu particulier…
Particulier, non pas parce qu’il m’a bouleversée ou tenue éveillée jusqu’au milieu de la nuit, mais parce qu’il fait partie de ces romans qui me laissent avec une drôle de sensation une fois la dernière page tournée : celle d’avoir attendu longtemps quelque chose qui, pour moi, n’est jamais vraiment arrivé.
Aujourd’hui, nous allons donc parler de La Femme du serial killer d’Alice Hunter, un thriller domestique construit autour d’une question redoutablement efficace sur le papier : que se passe-t-il lorsqu’une femme découvre que l’homme avec lequel elle partage sa vie pourrait être un meurtrier ?
Le sujet avait tout pour m’attirer. Le résultat, malheureusement, beaucoup moins.
Pourquoi ai-je choisi La Femme du serial killer ?
Tout a commencé avec une autre chronique.
J’ai récemment découvert le retour de lecture proposé par L’Île aux 30 Polars autour de La Fille du serial killer. Le billet était suffisamment alléchant pour éveiller ma curiosité. Et puisque j’aime, autant que possible, découvrir les romans d’une même série ou d’un même univers dans leur ordre de parution, une idée s’est immédiatement imposée : avant de rencontrer la fille, rencontrons donc l’épouse.
C’est ainsi que La Femme du serial killer a rejoint ma pile à lire.
Avec un titre pareil, difficile de ne pas imaginer un thriller psychologique sombre, oppressant, peut-être même vertigineux. La promesse éditoriale enfonçait encore le clou avec cette petite phrase que l’on retrouve fréquemment associée au roman :
« Impossible de se coucher sans savoir la fin. »
Je peux déjà vous dire une chose : cette promesse là et moi n’avons manifestement pas vécu la même lecture.
Le résumé : derrière l’image du couple parfait
Beth et Tom Hardcastle semblent avoir construit une vie presque idéale.
Deux ans auparavant, ils ont quitté Londres après être tombés sous le charme d’un joli cottage au toit de chaume. Tom continue de travailler à la City et effectue quotidiennement le trajet en train, tandis que Beth s’occupe de leur petite fille, Poppy, âgée de trois ans, et tient le coffee shop qu’elle a ouvert dans leur village.
Une maison charmante. Une petite fille. Un commerce convivial. Une communauté dans laquelle tout le monde semble connaître tout le monde. Et un couple que les voisins pourraient presque leur envier.
Jusqu’au jour où deux policiers frappent à la porte. Tom est soupçonné de meurtre. À partir de cet instant, l’image parfaitement lisse de la famille Hardcastle commence à se fissurer. La question semble alors évidente : Beth connaissait-elle réellement l’homme qu’elle avait épousé ?
Mais une seconde question s’installe peu à peu. Plus dérangeante. Plus intéressante aussi. Et si Beth n’était pas elle-même aussi transparente qu’elle le laisse croire ?
Mes premières impressions :
où est donc passée la tension ?

C’est probablement ici que ma relation avec le roman a commencé à se compliquer. J’attendais un thriller domestique construit sur le doute, la peur, le soupçon et la révélation progressive d’un quotidien devenu inquiétant.
Or, durant une bonne partie du premier tiers du livre, j’ai eu l’étrange impression d’assister davantage aux «potins de la commère», version campagne anglaise, qu’à une véritable montée de tension policière. Et pourtant, le décor avait tout pour fonctionner.
Un petit village anglais. Une communauté très resserrée. Un coffee shop où l’on se retrouve. Une école maternelle. Des mères qui discutent. Des voisins attentifs. Des regards qui commencent à changer. Une épouse brutalement transformée en objet de curiosité collective.
Tous les ingrédients étaient là.
Seulement, là où j’attendais que cette atmosphère devienne progressivement oppressante, j’ai parfois eu l’impression que le récit tournait autour des réactions des uns, des commentaires des autres et de la façon dont le village absorbait le scandale. Alors oui, cela raconte quelque chose.
Mais cela n’a pas produit sur moi l’effet d’un thriller impossible à lâcher. Bien au contraire. J’ai régulièrement attendu que le moteur démarre. Puis qu’il accélère. Puis simplement qu’il se passe quelque chose qui me fasse oublier que je regardais encore les pages restantes.
Un village qui devient presque le personnage principal
Curieusement, ce n’est ni Beth ni Tom qui m’ont immédiatement donné le sentiment de dominer le roman. Pendant longtemps, le véritable personnage principal, pour moi, a été le village. Et c’est peut-être l’aspect du livre que j’ai finalement trouvé le plus intéressant.
Alice Hunter transforme ce petit espace rural en une sorte de huis clos à ciel ouvert. Beth n’est pas enfermée dans une maison. Elle peut sortir, travailler, conduire, accompagner sa fille, rencontrer des habitants. Et pourtant, elle ne semble jamais véritablement pouvoir s’échapper. Chaque regard peut devenir une question.
Chaque conversation peut cacher une curiosité. Chaque cliente du coffee shop peut avoir son opinion. Chaque mère rencontrée devant l’école peut avoir entendu quelque chose. Le village fonctionne presque comme une caisse de résonance : une information y entre et revient immédiatement amplifiée par les suppositions, les commentaires et les interprétations.
C’est là que le roman possède, à mes yeux, l’une de ses idées les plus intéressantes. Que devient une femme lorsque son identité cesse brutalement de lui appartenir ?
Beth n’est plus seulement Beth. Elle devient la femme de. La femme d’un suspect. La femme d’un homme potentiellement dangereux. La femme dont on observe les réactions. La femme dont on se demande ce qu’elle savait. Et cet enfermement social aurait pu produire une formidable tension psychologique.
Pour ma part, il restera cependant davantage une toile de fond intéressante qu’une véritable source d’angoisse.
Une intrigue qui se construit davantage par les voix
que par l’action
La Femme du serial killer adopte une construction reposant principalement sur les points de vue et les pensées des personnages. Beth raconte son quotidien après la mise en garde à vue de son mari. D’autres voix interviennent également, permettant d’accéder à des événements antérieurs et d’observer certains éléments de l’histoire sous un angle différent.
Tom, notamment, prend une place plus importante au fil du récit. Ce procédé permet progressivement de dépasser l’image de surface. Parce qu’évidemment, dans un thriller de ce type, la vérité n’est jamais contenue dans ce que les personnages montrent au premier regard. Le lecteur découvre donc leurs pensées, leurs souvenirs, leurs contradictions.
Et c’est à travers ces différentes voix qu’Alice Hunter tente d’installer le doute.
Le choix narratif ressemble parfois à un journal de bord fragmenté, dans lequel chacun vient déposer sa version des événements. Le problème, en ce qui me concerne, est que j’ai davantage eu la sensation de recevoir des informations que de vivre véritablement une intrigue. Il existe bien sûr des révélations. Certaines obligent à reconsidérer ce que nous pensions savoir. Mais entre ces moments, le récit m’a semblé trop souvent avancer au rythme du quotidien.
Et dans un thriller qui promet une lecture haletante, ce rythme m’a particulièrement freinée.
Beth et Tom : derrière les apparences
Il est évidemment difficile d’analyser profondément Beth et Tom sans révéler des éléments essentiels du roman. Et ce serait dommage, même pour une lecture qui ne m’a pas convaincue.
Je vais donc rester volontairement prudente.
Beth apparaît d’abord comme une femme dont l’existence ordinaire explose brutalement. Elle doit gérer l’absence de Tom, protéger sa fille, continuer à faire fonctionner son commerce et affronter les réactions de son entourage. Mais plus nous avançons, plus le personnage gagne en épaisseur. Ses pensées permettent de comprendre qu’elle ne peut pas être réduite à la figure classique de «l’épouse qui ne savait rien».
Quant à Tom, il devient progressivement autre chose que le simple mari placé en garde à vue. Ses chapitres donnent accès à sa perception des événements et permettent au lecteur de déplacer constamment le curseur du doute. C’est probablement là que le roman retrouve un peu de sa substance psychologique.
Que savons-nous réellement de la personne avec laquelle nous partageons notre quotidien ?
Mais Alice Hunter ajoute implicitement une autre interrogation :
connaissons-nous vraiment quelqu’un lorsque cette personne contrôle elle-même tout ce qu’elle nous laisse voir ?
Cette idée aurait pu devenir le cœur incandescent du roman. Pour moi, elle reste malheureusement trop longtemps enfouie sous une narration du quotidien qui finit par diluer son potentiel.
Une ambiance difficile à commenter
sans révéler l’essentiel
Voilà probablement la partie la plus délicate de cette chronique. Parce qu’à partir d’un certain moment, parler de la montée de la tension revient presque nécessairement à parler de ce que le roman cherche à dissimuler. Et je tiens à préserver votre lecture. Je dirai simplement que le livre change progressivement de tonalité. Les certitudes commencent à bouger. Certains comportements prennent une signification différente. Des éléments précédemment anodins sont relus autrement.
Le roman joue alors davantage avec la perception du lecteur. Mais cette évolution intervient, à mon goût, trop tard pour véritablement compenser la lenteur ressentie auparavant. Un retournement peut transformer notre compréhension d’un récit. Il ne transforme pas nécessairement notre expérience des 200 pages qui l’ont précédé.
Et c’est précisément là que La Femme du serial killer m’a laissée à distance.
Quand le fait divers dévore tout un village
Habituellement, mes lectures me donnent envie de tirer plusieurs fils thématiques. La famille. Le deuil. La culpabilité. La manipulation. La maternité. La transmission. Le mensonge. Ici, étrangement, une impression a dominé toutes les autres : celle de vivre au cœur d’un immense journal local consacré à un seul fait divers.
Tom devient l’affaire du village. Beth devient un sujet de conversation. La vie autour d’eux se réorganise presque autour du scandale. Et cet aspect peut évidemment se lire comme une réflexion sur notre fascination collective pour les affaires criminelles. Lorsqu’un événement violent surgit dans un environnement paisible, il attire immédiatement les regards.
On veut savoir. On suppose. On interprète. On raconte. Et parfois, très vite, les personnes réelles disparaissent derrière l’histoire que la communauté fabrique autour d’elles. Cette mécanique sociale existe dans le roman. Je regrette simplement qu’elle ait occupé, dans mon ressenti de lecture, davantage de place que l’angoisse psychologique annoncée.
Le style d’Alice Hunter :
une narration simple et très quotidienne
L’écriture d’Alice Hunter est accessible et fluide. Le roman repose sur des chapitres qui donnent successivement accès aux différents personnages, dans une narration très directe. Cette proximité avec leurs pensées pourrait créer une forme d’intimité inquiétante. Pour moi, elle a surtout renforcé cette impression de journal de bord.
Nous accompagnons Beth dans ses journées, ses déplacements, ses interrogations, son travail, ses rencontres. Et lorsque d’autres personnages prennent la parole, ils viennent compléter ce puzzle. La lecture n’est donc pas particulièrement difficile ou exigeante. Ce n’est pas le style qui m’a posé problème. C’est son rythme. Un thriller peut être lent. Certains des meilleurs le sont.
Mais une lenteur réussie doit faire monter quelque chose : une menace, une inquiétude, une obsession, une sensation de danger. Ici, trop souvent, j’ai attendu cette vibration sous la surface. Elle est venue par moments. Pas suffisamment pour moi.
Alors, cette fameuse promesse :
« Impossible de se coucher sans savoir la fin » ?
Je me la pose encore, cette question. Parce qu’une accroche pareille crée forcément une attente. Elle évoque le roman que l’on continue à minuit. Puis à une heure du matin. Puis encore un chapitre. Et encore un autre. Le genre de livre qui vous fait négocier avec votre réveil du lendemain. Mon expérience a été exactement inverse.
J’ai pu poser La Femme du serial killer. Très facilement. Et parfois même avec un certain soulagement. Cela ne signifie évidemment pas que le roman ne fonctionnera pas auprès d’autres lecteurs. La réception d’un thriller dépend énormément de ce que nous recherchons : certains apprécient avant tout l’exploration du couple, l’environnement domestique, la psychologie et les secrets progressivement dévoilés.
Pour ma part, j’avais besoin de davantage de tension. Davantage de noirceur. Davantage de cette sensation presque physique que quelque chose de dangereux se rapproche. Elle n’est jamais arrivée avec suffisamment de force.
Mon avis final sur La Femme du serial killer
Cette chronique sera donc l’une de ces chroniques où la rencontre n’a pas eu lieu.
La Femme du serial killer ne m’a pas convaincue.
J’y ai trouvé une idée de départ excellente, un cadre de village intéressant et quelques jeux de perception qui auraient pu nourrir un véritable thriller psychologique. Mais j’y ai surtout ressenti de la lenteur. Beaucoup de quotidien. Beaucoup de conversations. Beaucoup d’observations autour du scandale. Et trop peu de tension pour la lectrice de thrillers que je suis.
Plus de 300 pages plus tard, je referme donc le livre sans cette envie fébrile de poursuivre l’univers d’Alice Hunter. J’avais commencé cette lecture parce que je voulais connaître la femme avant la fille. Finalement, je m’arrêterai à la femme. Je ne ferai pas connaissance avec la fille du serial killer. Parfois, un premier pas dans une série littéraire et… nous empruntons simplement des chemins différents.
Et ce n’est pas grave. Il reste tant d’autres histoires à ouvrir.
Et vous ?
Connaissez-vous déjà les romans d’Alice Hunter ? Avez-vous lu La Femme du serial killer ? Peut-être avez-vous ressenti cette tension qui m’a manqué. Peut-être, au contraire, êtes-vous resté vous aussi sur le bord du chemin. Je serais vraiment curieuse de connaître votre expérience de lecture.
Dites moi en commentaire si La Femme du serial killer rejoint votre liste de thrillers à découvrir… ou si vous l’avez déjà lu.
Après tout, c’est aussi cela que j’aime dans nos rendez-vous du lundi : un même livre, plusieurs lecteurs, et parfois autant de romans différents que de regards posés sur ses pages.
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Pas convaincue non plus. Je n’ai pas non plus ressenti cette tension tant attendue et rien n’est assez fort pour marquer les esprits. Ce n’est qu’en lisant ton avis que j’ai ou reconstituer quelques souvenirs de lecture…
Bon. Décidément, il ne va pas rejoindre la liste des recommandations 😉
bonjour, comment vas tu? je t’avoue que ce genre de titre ne me donne pas envie. je n’aime pas qu’une femme soit définie par rapport à son mari (ou un autre homme d’ailleurs). c’est réducteur. passe une belle soirée! 🍁🍂🍄🌰
Tout à fait d’accord…